11.02.2011

Les Roms : savoir de quoi on parle

Les Roms ont parlé dans les médias, enfin on en sait un peu plus sur eux, leurs solidarités familiales, leur honte à mendier. Le photographe lausannois Yves Leresche, qui a réalisé des reportages en Roumanie et qui sait de quoi il parle – enfin un – estime qu’il faudrait se coordonner entre plusieurs villes européennes et je vois que je n’avais pas tort quand je parlais dans une précédente réflexion d’un problème européen à prendre en charge au niveau européen, y compris suisse, mais pas lausannois. Ce n’est pas un problème lausanno-lausannois, contrairement à ce qu’affirme la droite radicale-libérale dans son bla-bla opportuniste. Qu’on utilise les Roms pour gagner des voix sous couvert hypocrite d’aider les bonnes gens, c’est hélas classique mais navrant. Yves Leresche, voilà un homme qui ne se paie pas de bla-bla. Les autres, je ne les écoute pas.

05.02.2011

Mendicité : c’est quoi un tabou ?

Pas du tout d’accord avec l’éditorial «La mendicité n’est pas un tabou», du rédacteur en chef adjoint de 24 heures, qui soutient l’initiative tendance UDC du Parti radical-libéral en vue d’interdire la mendicité à Lausanne. Il écrit que «Lausanne a un sérieux problème avec la mendicité» et qu’il ne «sert à rien de faire comme s’il n’existait pas, de le balayer sous le tapis, en invoquant, parmi d’autres antiennes, le respect de la dignité humaine». Je dirais que l’Europe a un sérieux problème avec la mendicité Rom et que si Lausanne préfère «le balayer sous le tapis» pour continuer à vivre parfaitement à l’abri des douleurs du monde, je le comprends.

Nous vivions tranquilles et soudain le malheur d’une communauté nous saute aux yeux. L’initiative a des chances, car qui ne préférerait pas retrouver la sérénité bourgeoise qui était la nôtre lorsque les malheurs des autres nous étaient cachés ? C’est ça le vrai tabou : oser dire ça. Oui, j’étais plus tranquille avant. Oui, la vue de femmes si jeunes et d’autres vieilles cabossées, recroquevillées devant ce magasin que j’aime tant, le Bon Génie, oui, cette vue me navre, me dérange, me fait horreur par moments. Il m’est arrivé de donner quelque chose, rarement, à un vieux qui demandait gentiment, d’apporter à une jeune mère un café et un pain au chocolat puis de ne plus rien donner car ils et elles sont trop nombreux et je paie déjà des impôts en quantité, et j’ai de grosses dépenses naturellement ! A Paris, récemment, j’ai donné 10 euros à un jeune père assis sur un carton avec son fils de 7 ou 8 ans. Couché sur l’homme, cet enfant avait une vilaine peau. Ils se partageaient une portion de poulet fast food. Cette image «familiale» m’avait touchée, je pensais à mes voyages fastueux avec mon propre fils. Je me suis dit aussi que là c’était fini, après ces deux-là je ne donnerai plus, parce que ce n’est pas une solution. Si on leur donne, ils continueront à venir dans nos belles villes. Mais de là à les interdire pour pouvoir vivre moi, encore plus tranquille, c’est un pas que je ne franchirai pas.

On nous parle toujours de ces réseaux qui s’enrichissent sur le dos des mendiants. On suggère que les hommes plus jeunes volent nos maisons. Peut-être, mais alors qu’on arrête les brigands. Et que chacun à son niveau ajoute une serrure ou une alarme «au cas où». Oui, la misère peut pousser des gens au crime et il ne faut pas jouer l’autruche au cœur de l’Europe. J’imagine que les polices internationales sont sur les dents. Tant mieux, qu’on s’organise au niveau européen pour arrêter les cambrioleurs et les maffieux. Et que l’on s’organise aussi au niveau politique pour trouver des solutions en Roumanie et ailleurs en Europe, pour scolariser ces enfants, pour sensibiliser cette communauté à d’autres modes de vie. Évidemment, c’est long comme projet ! Mais ce que je vois moi, quand je me balade à Lausanne, et quand je lis l’éditorial du rédacteur en chef adjoint de 24 heures, ce ne sont pas des brigands mais des êtres humains comme nous tous, mais avec davantage de déformations physiques que nous, avec des vies encore bien plus minuscules que les nôtres. C’est le visage du malheur que nous n’avons pas envie de voir. Moi la première.

Chacun de nous a un sérieux problème avec la mendicité et il ne sert à rien de faire comme si le malheur de ces gens n’existait pas, de le balayer sous le tapis, en n’invoquant même pas, parmi d’autres antiennes, le respect de notre petite bulle de tranquillité. Interdire la mendicité à Lausanne ne réduira pas le problème de la criminalité. Nous renforcerions, au mieux, notre illusion de vivre dans le luxe, le calme et une absolue sécurité.

30.11.2009

Tous des musulmans ?

Franchement, je suis pour une meilleure connaissance des réalités musulmanes en Suisse, mais je n’ai pas du tout envie de me déclarer musulmane comme nous le propose le mouvement de lutte contre le racisme. Tout comme je n’ai pas envie que ce vote helvétique anti-minarets soit interprété par certains chrétiens comme un appel à inscrire une quelconque empreinte chrétienne dans notre Constitution. Ce pays n’est déjà que trop modérément laïque. Il ne faudrait pas donner un sens raciste à ce vote. Les musulmans de Suisse ne me semblent pas en cause ou alors ce serait très bête. Comme on pouvait s’y attendre, d’autres peurs se sont bien sûr exprimées, sans lien direct avec les minarets helvétiques, ou avec l’islam libéral tel qu’il s’exprime en Suisse notamment, mais non sans rapport avec une certaine image d’un islam conquérant. J’imagine que le catholicisme dans son époque triomphante avait de quoi faire peur, par exemple aux protestants durant une certaine période, ou aux juifs ou encore aux Indiens du Nouveau Monde, et à toutes ces malheureuses «sorcières» et autres victimes de l’Inquisition. Aujourd’hui les évêques suisses sont favorables à l’ordination d’hommes mariés. Les temps changent. Pour l’islam aussi, mais d’une façon sans doute trop discrète et à une époque où il peut paraître choquant de voir des parents se référer à ces préceptes de l’islam qui «commandent le port du voile à l’âge de la puberté», comme le rappelle Tariq Ramadan dans une interview au quotidien 24 heures. Mais il fallait lire également : «tout en laissant le choix aux enfants». On a donc le choix, en islam, mais le sait-on assez ? Le professeur Ramadan affirme aussi que «les Suisses musulmans doivent désormais prendre la parole dans le débat public, et pas seulement sur les sujets qui concernent leur foi». Tout à fait d’accord. Nous sommes sur le même bateau, planète malmenée, inégalités sociales renforcées, désespoirs violents, les sujets communs ne manquent pas. La visibilité des musulmans ne se traduira pas sur le plan architectural (de toute façon je ne pense pas qu’on aurait construit à notre époque et avec les moyens actuels une aussi sublime mosquée que celle de Paris, par exemple) mais elle pourrait s’ancrer autrement dans l’espace public et d’une façon tout à fait positive, non ? Oublions ce vote au plus vite au lieu de vouloir comme certains Verts en passer par la case strasbourgeoise, et engageons un véritable dialogue culturel. Par exemple, pourquoi l’islam ne s’inscrirait-il pas aux côtés du christianisme et du judaïsme dans une lutte pour la transmission d’une histoire ? Car si nous ne sommes plus à la grande époque des religions – ce que d’aucuns semblent déplorer plus ou moins vigoureusement – nous pourrions quand même en être à celle de la science des religions.